CHASSEUR DE MALARIA A ZANZIBAR Armée de deux roues, d'une tablette de beaucoup de données, une femme défie une maladie mortelle | ALMA 2030

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CHASSEUR DE MALARIA A ZANZIBAR Armée de deux roues, d'une tablette de beaucoup de données, une femme défie une maladie mortelle

Pour des millions de Tanzaniens, une maladie potentiellement mortelle n'est à qu'une piqûre d'insecte.

C'est une menace qui rôde dans l'ombre quand le soleil se couche, qui s'infiltre dans les trous des moustiquaires la nuit et qui se multiplie dans les flaques d'eau après une tempête estivale.

Au cours de l'histoire, le paludisme a fait plus de victimes que toute autre maladie. Malgré les récents progrès mondiaux, le paludisme tue encore plus de 1 000 enfants chaque jour, principalement en Afrique subsaharienne.

Pour les 1,3 million d'habitants des îles de Zanzibar, au large de la Tanzanie, la piqûre du moustique anophèle reste un danger omniprésent.  

Habiba Suleiman Sefu lutte contre ce danger, un cas à la fois.

Elle travaille comme agent de surveillance du paludisme dans le village de Shakani, au sud-ouest de Zanzibar.

Son travail: suivre, tester et traiter les cas de la maladie pour en stopper la propagation.

« Dans le village de Shakani, les gens craignent le paludisme parce qu'ils sont infectés si souvent", dit Habiba.

Diplômée en sciences de l'environnement, âgée de 29 ans, Habiba croit profondément au pouvoir des sciences et de la technologie pour sauver des vies. Dans la vie, dit-elle, la santé est primordiale.

Dans un pays musulman conservateur où une femme est rarement vue en public sans homme, Habiba vit une vie indépendante. Son mari vit à plus de 700 kilomètres de la Tanzanie continentale où il travaille comme comptable et ne rentre chez lui qu'une fois par mois.

« Mon mari est unique, car il me soutient énormément et m'encourage à faire beaucoup de choses que la plupart des femmes ici ne font pas » dit Habiba. « Il veut que je progresse dans ma profession ».

Habiba est indépendante – et très occupée.

Elle se réveille avant le lever du soleil pour prier, puis elle réveille ses enfants et les prépare pour l'école. Si l'électricité ne fonctionne pas ce matin-là, ses corvées sont faites à la chandelle.

Elle nourrit sa fille, prépare le petit déjeuner et emmène ses deux fils à l’arrêt de bus.

Ce n'est qu'alors que sa journée de "chasseur de paludisme" commence.

Une fois qu'un moustique porteur du parasite responsable de la malaria a piqué, il est presque certain qu'il recommencera à piquer, ce qui met en danger les membres de la famille qui vivent au même endroit ou ceux qui vivent à proximité. Il est essentiel de détecter les cas rapidement et d'intervenir rapidement.

Alors que le paludisme a toujours existé dans le village de Shakani, Habiba est maintenant armée de nouveaux outils pour le combattre: un téléphone portable, une tablette et une moto pour atteindre les villages où sont détectés les cas.

Bien qu'ils ne paraissent pas nouveaux, ces outils - qui lui ont été fournis par l'Initiative antipaludique du président des États-Unis (PMI) - l'aident à réagir à la maladie en un temps record et aident les autorités à identifier les flambées épidémiques.

Chaque fois qu'un nouveau de cas de paludisme est détecté chez un patient dans une clinique de sa région, Habiba reçoit un SMS sur son téléphone portable. Elle se présente alors à la clinique pour l'examiner, en utilisant sa tablette pour saisir les coordonnéees GPS dans un système GPS que l'USAID a mis au point pour suivre la maladie.

« Certains jours, je reçois jusqu' à sept cas par SMS, cela varie selon la saison », dit Habiba.

Peu de femmes à Zanzibar conduisent des motos. Habiba, si.

Avec sa moto fournie par l'USAID, elle sillone la région pour visiter les nombreuses familles touchées par le paludisme, ce qu’elle ne pourrait faire seulement à pied. Bien qu’ils ne voient pas souvent des femmes seules à moto, les villageois l'accueillent chaleureusement quand elle arrive chez eux, en apportant des médicaments, du matériel de diagnostic et d'autres fournitures médicales.

Une fois entrée dans un domicile, Habiba teste le paludisme à l'aide d'un test rapide au doigt.

Si un membre du ménage teste positif, Habiba lui donne immédiatement des médicaments. Elle conseille ensuite la famille sur la façon de traiter la maladie et de prévenir sa transmission.

« J'éduque les gens sur l'importance de garder leur environnement à l'abri de l'eau stagnante parce que les moustiques se multiplient dans un environnement humide », dit Habiba.

« Je leur dis aussi qu'il est important d'aller immédiatement à l'hôpital pour dépister le paludisme s'ils ressentent des symptômes, et de prendre des médicaments immédiatement avant que la maladie ne se propage à toute la famille ». En détectant et en traitant les cas le plus tôt possible, Habiba stoppe la transmission dès la première infection.

Avant de partir, Habiba évalue les risques de la maison, y compris l'eau stagnante et les trous dans les moustiquaires.

Elle s'assure que la famille dispose d’assez de MILDA (moustiquaires imprégnées d'insecticide à longue durée de vie) pour les protéger d’une nouvelle infection.

Les résultats de sa visite sont ensuite saisies dans sa tablette, puis téléchargés dans le cloud, où l'information est utilisée pour cartographier le parcours du paludisme et suivre les efforts déployés pour l'éliminer.

Les données sont si importantes, dit Habiba.

« Nous devons savoir combien de patients sont atteints de paludisme chaque année. Nous devons savoir quels villages sont les plus touchés par le paludisme et à quel moment de l’année il atteint son apogée. Sans l'utilisation de nos tablettes et de nos téléphones, nous ne pourrions pas enregistrer ces informations avec précision, trouver les patients ou les traiter ».

Comme de nombreux Tanzaniens, Habiba a vu un minuscule insecte perturber d'innombrables vies, alors que les enfants tombent malades, que les élèves manquent l'école et que les adultes arrêtent de travailler et sont incapables de subvenir aux besoins de leur famille.

Habiba veut que le paludisme soit éradiqué du village de Shakani et du grand Zanzibar.

« Je veux que les citoyens soient pleinement éduqués, habilités et mobilisés sur les moyens de participer à la coopération internationale », dit-elle.

Il y a moins de dix ans, le paludisme touchait un habitant sur quatre sur l'archipel.

Aujourd'hui, grâce à des outils modernes, ainsi qu’une campagne concertée pour traiter et protéger les habitants et un système de surveillance de calibre international, le taux de prévalence du paludisme à Zanzibar n'est plus que de 1%.

Grâce à Habiba, chasseur de paludisme, l’archipel est pres de l’élimination.